Six IA, un même krach : d'accord sur les chiffres, pas sur les causes

13 min readWorld
Share

Models Gemini · ChatGPT · Perplexity · Mistral · Grok · ClaudeTopics Krach tech novembre 2026 · Désaccord entre IA · Fiabilité des IA · Dépendance aux sources · Probabilités affichées

Satcove NewsWorldOriginal research by Satcove
Bourse de New York, Wall Street
Photo d'illustration : Bourse de New York, Wall Street, sans lien avec l'événement rapporté. Mike Peel (www.mikepeel.net) / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Réponse rapide

  • Chiffres : quatre IA sur six donnent -5,5 % pour le Nasdaq et environ -6 % pour le Nikkei. Un accord sur les chiffres n'est pas une vérification : elles peuvent reprendre les mêmes dépêches.
  • Causes : la victoire démocrate aux midterms est la piste la plus citée, mais Fed, Iran et pétrole sont contestés, Paraguay et cyber non étayés.
  • Probabilités : les six scénarios tombent dans la même fourchette, 20-25 % haussier, 45-55 % central, 20-30 % baissier, malgré des explications différentes.
  • Prudence : Claude a refusé de chiffrer ce qu'il ne pouvait pas dater. C'est la réponse la plus prudente des six.
  • Règle : utiliser une IA pour cartographier les hypothèses, jamais pour trancher une causalité de marché sans sources primaires.

Nous avons soumis le même titre de krach tech à six IA. Leurs chiffres se recoupent, leurs explications s'opposent, et pourtant leurs scénarios probabilistes sont presque identiques. Ce paradoxe dit moins sur le marché que sur la façon dont les IA fabriquent un consensus. Cet article ne cherche pas la cause réelle du krach et ne donne aucun conseil financier. Le sujet, c'est le comportement des IA.

Le protocole

Le titre soumis : « Global tech stocks plunge as US AI slowdown fears spread to Asia and Europe markets ». Six assistants avec recherche web : Gemini, ChatGPT, Mistral, Grok, Claude et Perplexity. Même consigne pour tous : séparer faits, interprétation et spéculation, n'inventer aucun chiffre, évaluer cinq pistes (régulation démocrate, Fed, Iran et pétrole, Paraguay, cyber), proposer trois scénarios. Avertissements, qui valent pour tout ce qui suit :

  • Aucun chiffre n'a été vérifié auprès d'une source primaire, par exemple les clôtures officielles.
  • Chaque assistant a été interrogé une seule fois, via son interface web. Un second essai donnerait peut-être autre chose.
  • Les notes de 0 à 10 sont celles des IA elles-mêmes, et nous ne les utilisons pas.

Première observation : les chiffres convergent

Commencez par la colonne Nasdaq. Quatre IA écrivent -5,5 %, une écrit -3,9 %, une refuse de chiffrer. Passez ensuite au Kospi : environ -8 % chez cinq des six. C'est ce qui ressemble le plus à un consensus dans tout ce test.

IANasdaqSemi-conducteursAsie
Gemini-3,9 %AMD -12 %, Nvidia -6 %non cité
ChatGPT-5,5 %indice SOX -12,2 %Nikkei ~-6 %, Kospi plus de -8 %
Mistral-5,5 %SOX -12,2 %Nikkei -6 %, Kospi -8 %
Grok-5,5 % (Nasdaq 100 : ~-6,3 %)non citéNikkei ~-6 %, Kospi -6 à -8 %
Perplexity-5,5 %non citéNikkei -5,5 à -7 %, Kospi plus de -8 %
Clauderefuse de chiffrernon citéKospi -8 % (titre d'un article)

Ce tableau n'est pas une donnée vérifiée : c'est un test de cohérence entre assistants. Deux détails ressortent. Seuls ChatGPT et Mistral citent le même indice des semi-conducteurs, à -12,2 %. Et Claude est le seul à refuser un chiffre qu'il ne sait pas dater : la réponse la plus prudente des six, et la seule qui ne peut pas se tromper sur ce tableau.

Pourquoi cet accord n'est pas une preuve

Quatre réponses identiques semblent se confirmer. Elles peuvent pourtant venir des mêmes dépêches. ChatGPT, Grok et Perplexity citent tous Reuters parmi leurs sources. Si les chiffres remontent à une même agence, quatre IA ne font qu'une source, répétée quatre fois. Nous ne savons pas, ici, quelles sources se recoupent réellement : c'est une hypothèse. Mais l'accord ne vaut pas vérification indépendante tant que l'origine des chiffres n'est pas tracée. Seule la comparaison avec les clôtures officielles transformerait ces valeurs en faits.

Deuxième observation : les causes divergent

Les chiffres se recoupent. Les explications, non. Sur les cinq pistes proposées, les IA n'arrivent jamais à une lecture commune, et sur plusieurs elles se contredisent à partir des mêmes faits. Voici, piste par piste, ce que chacune a réellement dit. La « note propre » est l'auto-évaluation de chaque IA de 0 à 10 : sans échelle commune, un 8 chez l'une et un 6 chez l'autre ne se comparent pas. Elle n'est là que pour montrer les écarts.

PisteVerdictLe choc, en une ligne
Régulation démocratePlausibleCinq IA en font le déclencheur, Claude lit la flèche à l'envers
Fed et inflationContestéHausse, baisses, blocage ou ambigu : quatre directions
Iran et pétroleContestéBrent à 97 $ ou au-dessus de 107 $, déclencheur ou amplificateur
ParaguayNon étayéUn fait, des conclusions opposées, notes de 3 à 8
CyberNon étayéAucun lien documenté, notes de 2 à 7

Régulation démocrate : plausible

IACe qu'elle a ditNote propre
ChatGPTLe vrai déclencheur politique : restrictions locales, contraintes environnementales et délais d'autorisation font monter les coûts. Réserve : gagner les midterms ne donne pas la main sur la politique fédérale de l'IA.9
GeminiLe basculement politique durcit les règles (sûreté, données, environnement des data centers), allonge les délais et renchérit le capital.8
PerplexityCause principale, mais un Congrès peut durcir permis et consommation électrique sans garantir une loi contraignante.8
GrokMajorités et appels à un moratoire national freinent permis et investissements. « Lien direct documenté. »8
MistralCatalyseur, pas cause racine. Loi fédérale improbable à cause du veto présidentiel, donc l'incertitude dure.6
ClaudeInverse la flèche : un krach nourrit les appels à réguler l'IA, et les pertes des épargnants peuvent peser sur la majorité en place. N'attribue pas la chute à la victoire démocrate.4

Le plus cité ne veut pas dire démontré. Cinq IA font des midterms le déclencheur, une en fait une conséquence, et elles ne s'accordent même pas sur la capacité de Washington à agir.

Fed et inflation : contesté

IACe qu'elle a ditNote propre
ChatGPTSelon Reuters, dit-elle, plus de 80 % de probabilité d'une hausse en décembre. Moins de dépenses IA pourrait détendre la pression, mais le pétrole iranien inverserait l'effet.8
GeminiL'effet de richesse resserre les conditions financières et peut pousser la Fed à baisser plus vite, si l'inflation reste calme.7
ClaudeDésinflationniste : moins d'investissement, effet de richesse négatif. Le pétrole élevé compense. Le marché peut anticiper des baisses, sauf si l'énergie les bloque.5
GrokMoins de capex IA réduit croissance et inflation et ouvre la voie à un pivot de la Fed.6
PerplexityEffet net ambigu : croissance freinée, mais une fuite vers les obligations peut aussi faire baisser les taux.6
MistralLa baisse des rendements du Trésor signale une fuite vers la qualité. La Fed reste coincée entre inflation et stabilité financière.6

C'est le cas le plus net. ChatGPT cite une hausse comme probable. Gemini, Claude et Grok attendent un assouplissement. Mistral voit un blocage et Perplexity ne tranche pas. Quand le sens lui-même est contesté, la piste n'explique encore rien. Cela se règle sur les marchés à terme de taux, pas dans un chatbot.

Iran et pétrole : contesté

IACe qu'elle a ditNote propre
ChatGPTUn risque distinct et secondaire : une escalade ferait monter pétrole et anticipations d'inflation et renforcerait la correction ; un accord soulagerait les marchés.7
GeminiEn période d'aversion au risque, une escalade à Ormuz ajouterait un choc d'offre et de la stagflation.6
MistralParadoxe : la vague démocrate a d'abord été lue comme une pression pour finir la guerre. Un règlement ferait baisser le pétrole (Brent autour de 97 $, en recul de 4,6 % la veille).5
ClaudeLe brut peut baisser avec la demande attendue ; une tension à Ormuz ferait l'inverse. Des dépêches non datées citent un pétrole au-dessus de 107 $ et un accord intérimaire US-Iran, qu'il ne rattache pas à cet épisode.4
GrokConflit parallèle, corrélation faible avec le déclencheur IA.4
PerplexityAmplifierait la vente, mais n'est pas le déclencheur actuel.4

Deux désaccords à la fois. Sur les chiffres : Brent autour de 97 $ pour Mistral, au-dessus de 107 $ dans la dépêche non datée que Claude refuse d'utiliser. Sur le rôle : déclencheur, amplificateur ou histoire séparée. Un chiffre fragile qui nourrit un rôle fragile.

Paraguay : non étayé

IACe qu'elle a ditNote propre
ChatGPTCite le projet de cloud IA de Crusoe et Araico adossé à Itaipu, annoncé le 22 octobre, démarrage prévu en 2027. Un ralentissement américain pourrait le retarder ou le renégocier. Le soja n'est qu'un canal indirect.8
GrokMême projet, lecture inverse : le freinage américain pousse les hyperscalers vers l'hydroélectricité bon marché.7
GeminiMoins de demande de data centers, donc moins de recettes électriques et plus de pression sur la dette.4
MistralMoins de demande étrangère d'énergie bon marché. Cryptominage pénalisé par l'aversion au risque.3
ClaudeMoins de demande de data centers et de crypto. Le soja suit le dollar et la Chine. Exposition directe jugée faible.3
PerplexityEffet direct faible, car Itaipu exporte surtout vers le Brésil. Le soja dépend de la Chine, pas de l'IA.3

Un fait, deux histoires opposées (gagnant ou perdant), et des notes de 3 à 8 pour le même lien. Aucune IA ne documente de chemin causal vers la chute. C'est le meilleur exemple de récit construit après coup.

Cyber : non étayé

IACe qu'elle a ditNote propre
ChatGPTLes acteurs liés à l'Iran ont des capacités documentées, mais « aucune preuve » que la correction résulte d'une attaque.7
PerplexityUne infrastructure IA plus centralisée et sous pression financière est une cible plus attractive. Lien avec l'Iran « contingent ».5
GeminiBudgets de sécurité fragilisés et attaques possibles sur les fermes de calcul.5
GrokData centers plus vulnérables en période de stress. Hypothèse sans lien direct.3
MistralAmplifierait une panique ; cite un piratage de Binance évoqué.2
Claude« Aucune preuve d'un lien causal » : de la vigilance, pas un constat.2

La même phrase chez plusieurs IA (« aucune preuve »), et pourtant des notes de 2 à 7. La note ne mesure pas les preuves, elle mesure l'humeur. Au mieux un risque de queue.

Pourquoi cette divergence est attendue, mais difficile à arbitrer

Expliquer un mouvement de marché demande de hiérarchiser des faits simultanés, de s'appuyer sur des horodatages fiables et de consulter des données primaires. Claude le dit : plusieurs épisodes proches (juin, juillet, fin octobre) se ressemblent, et sans horodatage croisé il ne sait pas quelle part revient à chaque facteur. Que les IA divergent est donc normal. Le vrai problème est ailleurs : aucune méthode commune ne permet de les départager. Chacune choisit ses sources, pondère à sa façon et ne montre pas son raisonnement. Face à deux explications opposées, le lecteur n'a aucun critère partagé pour trancher.

Troisième observation : six récits, un seul jeu de probabilités

C'est le résultat qui nous a le plus surpris. Chaque IA a proposé un scénario haussier, central et baissier. Voici ce qui est revenu.

IAHaussierCentralBaissier
Gemini20 %55 %25 %
ChatGPT25 %50 %25 %
Mistral25 %45 %30 %
Grok25 %50 %25 %
Perplexity25 %55 %20 %
Claude20 %50 %30 %
Fourchette20-25 %45-55 %20-30 %

Résultat : les six prévisions sont indiscernables. En moyenne : environ 23 % haussier, 51 % central, 26 % baissier. Aucune colonne ne varie de plus de dix points, et le central domine partout. Les horizons diffèrent aussi, et le tableau les cache. Seuls ChatGPT (1 à 3 mois) et Mistral (12 mois) en donnent un ; les quatre autres n'en précisent aucun. Un baissier à 30 % sur un trimestre et sur un an ne dit pas la même chose, pourtant ils se côtoient dans la même fourchette. Même un seul assistant a bougé : les deux passes de Claude donnent 20/55/25 et 20/50/30. Rapprochez maintenant cela de la section précédente. Ces IA se disputent sur une Fed qui monte ou qui pivote, sur un pétrole déclencheur ou amplificateur, sur un Paraguay gagnant ou sans effet. Des explications opposées devraient donner des probabilités différentes. Elles donnent les mêmes. Les pourcentages n'ont donc pas été calculés à partir des explications. Trois raisons possibles, aucune démontrée : une même matrice de raisonnement (« un quart, la moitié, un quart »), un récit médiatique dominant qui impose son cadre, ou une simple imitation de format, où chaque modèle produit le triptyque attendu avec des nombres ronds. Ces pourcentages sont des jugements présentés comme des calculs.

Ce que ce test révèle sur les IA

  • L'accord n'est pas une validation. Plusieurs assistants peuvent répéter la même source.
  • Les chiffres se copient, les causes se fabriquent. Un nombre se recoupe, une explication se compose, et elle peut être contradictoire d'une IA à l'autre.
  • La prudence se voit. Refuser de chiffrer ce qu'on ne peut pas dater vaut mieux qu'un chiffre précis sans date.
  • Les probabilités sont un format. Des pourcentages donnent une impression de rigueur que rien ne soutient ici.
  • Les récits peuvent précéder les preuves. Le cas du Paraguay le montre : un fait, plusieurs histoires.
  • Un même assistant peut varier. Lors d'une première passe, une version plus légère de Claude avait retrouvé le lien avec les midterms que Claude n'a pas retrouvé. Un seul essai, donc pas une loi.

La règle pratique

Utilisez une IA pour cartographier les hypothèses : lister les explications possibles, les faits qui les soutiennent et ceux qui les contredisent. Ne l'utilisez jamais pour trancher une causalité de marché sans sources primaires. Quand plusieurs assistants disent la même chose, demandez d'abord s'ils ont lu la même page.

Méthode et limites

Six modèles ont répondu au même prompt le 6 novembre 2026 via leurs interfaces web, recherche activée : ChatGPT, Claude, Gemini, Grok, Mistral et Perplexity. Un essai chacun, réponses limitées à environ 700 mots. Les attributions par IA viennent de la lecture de Satcove ; les transcriptions complètes ne sont pas publiées. Les chiffres sont ceux des modèles et n'ont pas été vérifiés sur les clôtures officielles. Ceci n'est pas un conseil financier.

Questions fréquentes

Les six IA s'accordent-elles sur les chiffres du krach tech ?#
Largement, sur les ordres de grandeur. Quatre sur six donnent -5,5 % pour le Nasdaq et environ -6 % pour le Nikkei, et cinq placent le Kospi autour de -8 %. Gemini donne -3,9 % pour le Nasdaq. Claude refuse de chiffrer. Aucun de ces chiffres n'a été vérifié sur les clôtures officielles.
L'accord entre IA prouve-t-il que les chiffres sont exacts ?#
Non. Plusieurs assistants peuvent répéter une même dépêche, un même agrégateur ou un même titre. ChatGPT, Grok et Perplexity citent tous Reuters parmi leurs sources : des chiffres identiques peuvent n'être qu'une seule source répétée.
Pourquoi les IA divergent-elles sur les causes ?#
Expliquer un mouvement de marché demande de hiérarchiser des faits simultanés, de s'appuyer sur des horodatages fiables et de lire des données primaires. Aucune méthode commune n'existe : chaque IA compose un récit plausible à partir de pièces incomplètes.
Pourquoi les probabilités des scénarios sont-elles suspectes ?#
Six IA aux explications différentes aboutissent à 20-25 % haussier, 45-55 % central et 20-30 % baissier. Explications possibles, aucune démontrée : une matrice de raisonnement commune, un récit médiatique dominant ou une imitation de format.
Comment utiliser une IA pour lire l'actualité des marchés ?#
Pour cartographier les hypothèses : lister les explications possibles, les faits qui les soutiennent et ceux qui les contredisent. Jamais pour trancher une causalité de marché sans sources primaires.

Sources

  1. 1Satcove ResearchSix réponses d'IA recueillies le 6 novembre 2026 via leurs interfaces web

Related: Satcove Disagreement Report 2026 · What an agreement score means · More World analyses